vendredi 22 avril 2016

Connexions neuronales et alimentation

Crédit photo: pixabay.com


Au sommaire :

1-    Mon cerveau s’est adapté ou avoir la cervelle en pâte à modeler et avide de connectivité
2-    Perte de diagnostic d’autisme et études au Connecticut
3-    La succulente question de l’alimentation ou comment marcher sur des œufs frais en tout temps




1.    Mon cerveau s’est adapté ou avoir la cervelle en pâte à modeler et avide de connectivité

C’est arrivé un de ces moches soirs de semaine où on se repose étendu avec lassitude sur son douillet lit, l’ordinateur portable gisant de tout son poids sur les genoux, le corps négligemment drapé de linge mou et devenu difforme par l’usage constant. Une de ces soirées floues où on ne s’attend surtout pas à ce que le plafond nous tombe sans avertissement sur la caboche. Un de ces moments où l’on n’espère pas une illumination soudaine et où on erre blasé sur les pages du Web au lieu de vaquer à des occupations plus hautement intellectuelles. Mais la science étonnement nous attend toujours au détour d’un post sur Facebook ou d’un courriel à l’apparence anodine.

Crédit photo: pixabay.com
C’est donc en laissant l’œil furtif faire son savant slalom en diagonale, sur un message Facebook d’un ami, que j’entraperçois un lien partagé timidement en commentaire. Petit, peu attractif, car il ne semble avoir retenu l’attention de personne et aucune réaction n’est venue souligner l’importance de cette récente découverte vitale faite par des chercheurs américains. Une étude tellement fraîche qu’un article porte avec fierté la mention « 27 janvier 2016 », alors que le mois de mars 2016 n’avait pas encore osé nous titiller du bout de son museau.  Pourtant, cette lecture m’a transfusé un léger tremblement corporel, le cœur a suspendu son pompage perpétuel durant une milliseconde, ma vue s’est embrouillée, comme chaque fois qu’une vérité m’agresse en plein visage, bonne ou mauvaise. Je crois bien que je serais tombée en bas de ma chaise si je n’avais pas déjà été étendue sur mon lit…


Une étude qui confirme mes impressions personnelles

On parle souvent d’autistes devenus « indétectables » et je savais bien que pour plusieurs personnes gravitant nouvellement autour de moi, en me scrutant, le mot « autiste » ne semblait pas coller d’emblée avec l’image qu’ils se faisaient de ce concept. Devenir indétectable, mais bon, toujours avec un immense bémol. Encore aujourd’hui, il m’arrive à chaque semaine d’entreprendre un dialogue avec une personne et soudainement, pour une raison inconnue, de la voir changer rudement d’attitude et se détourner sans cause apparente. Comme si une impulsion électrique venait de l’alerter de fuir à la prochaine caserne de pompier à distance de marche rapide pour maintenir sa vie sauve.

Pour certains autres me côtoyant depuis longtemps, ma plus grande ouverture au dialogue, une meilleure réciprocité au niveau des interactions à l’autre, une plus grande confiance en moi évidente et une meilleure sociabilité semblaient amener un terme plus troublant encore : guérison. Intérieurement, il ne me semblait pas avoir vraiment changé lorsque je suis en solo avec moi-même ou dans mes pensées, sauf qu’il m’arrivait fréquemment d’avoir l’impression d’avoir perdu de vue une partie de mon essence autistique lorsque je suis avec d’autres personnes. Mais devenir non-autiste, je sentais que ce n’était pas vers cette avenue que je me dirigeais, car trop d’incompréhension des autres demeurait et mon décalage continuel était toujours bien présent et parfois même plus voyant encore. Je ne me sens pas moins autiste. Mais on me « voit moins autiste ».

Crédit photo: pixabay.com
Depuis mon diagnostic, de nombreux déclics se sont faits en moi. J’ai compris que je suis une personne différente de la majorité de mes contemporains et que je regarde le monde avec mes yeux à moi, d’une manière non déformée, mais particulièrement lucide. Trop peut-être, à mon grand désarroi. Malgré de nombreuses adaptations sociales et une compréhension accrue de l'univers environnant, je sens bien que je change. Mais je me métamorphose en quoi, dites-moi donc ?

J’avoue que je suis une ultrasensible, toujours alerte et vigilante à ce qui se passe à l’intérieur de moi, constamment en introspection et à palper toute pensée qui vient me narguer. Quand je m’immobilise, il me semble même que je peux sentir le sang circuler à fière allure sur le long réseau routier de mon système sanguin. En scrutant mon cerveau, il me semblait également que de nombreux circuits se créaient sans cesse, qu’un recâblage se matérialisait. Je me disais que je « by passais » les circuits habituels et que j’en établissais de tous nouveaux, non standard. Voilà pourquoi cette étude m’a tellement estomaquée. Elle venait valider, sceau indélébile de la science accolé clairement, mon ressenti profond…


2.    Perte de diagnostic d’autisme et études scientifiques au Connecticut

À l’Université du Connecticut, sous la direction de Inge-Marie Eigsti du département de psychologie, une équipe de chercheurs s’est penchée sur les cas de jeunes autistes diagnostiqués durant leur petite enfance et ayant perdu leur diagnostic au cours de leur développement. La question première soulevée par la chercheure était d’établir si ces derniers s’étaient mutés en neurotypiques avec l’aide de différentes approches cognitives (notamment l’ABA) et selon leur adaptation sociale. En apparence, il était possible d’envisager cette possibilité, dans la mesure où la perte de diagnostic donnait l’impression d’une rémission spontanée et de l’effacement de l’autisme chez ces sujets rendus pour la plupart à l’adolescence.

Crédit photo: pixabay.com
Dans le cadre de cette étude, trois groupes distincts ont été testés. Le premier étant un groupe d’autistes de haut niveau n’ayant obtenu aucune intervention et assistance au cours de leur croissance, le second étant composé d’autistes ayant perdu leur diagnostic et le troisième de jeunes au développement typique (non autiste). Avec le regard objectivement scrutateur de la résonance magnétique, les sujets ont été soumis à des examens au cours desquels ils devaient effectuer certaines tâches et appuyer sur un bouton pour répondre à des questions préétablies.

L’approche était de valider si le groupe de jeunes ayant perdu leur diagnostic d’autisme allait réagir de manière similaire à celle du groupe au développement typique. La réponse a été négative et particulièrement surprenante. Pour plusieurs des tâches demandées, ce groupe test appelé « oo » (optimal outcomes. En français : résultats optimaux, pour de jeunes autistes dont les manifestations autistiques semblent disparues) a répondu de manière similaire au groupe des autistes de haut niveau qui n’avaient reçu aucune thérapie. Par contre, pour certaines autres fonctions, il a été découvert que le groupe oo a développé des circuits différents des deux autres groupes pour résoudre les situations à caractère social. En bref, un troisième schéma cérébral se dessine pour les autistes « adaptés ». Un schéma qui diffère totalement de celui des personnes non autistes…

Cette révélation a sonné une ribambelle de cloches dans ma tête et ce concert improvisé de carillons m’a apporté une explication plus que logique à mon ressenti réel face à mon récent développement personnel. L’autiste ne devient pas neurotypique avec les interventions précoces ou, pour les seniors comme moi avec l’adaptation sociale, mais il se crée ses propres schémas intérieurs. Des nouveaux, non existants. Il roule donc sur une voie de service, en parallèle à l’autoroute, mais il va dans la même direction. Cette adaptation lui donne alors une apparence de guérison, mais les résultats des tests indiquent cependant toujours clairement, pour plusieurs réponses aux questions soumises, que le sujet pense encore d’une manière classiquement autistique.

Suggestions de lectures complémentaires

Inge-Marie Eigsti – Université du Connecticut



Plasticité du cerveau à tout âge

On parle beaucoup de la nécessité de l’intervention précoce en matière de prise en charge des jeunes autistes. Il est donc légitime de se demander si à partir d’un certain âge, toute intervention ou soutien arrive trop tard. Je me suis longuement questionnée à ce sujet, étant donné que mon apprentissage personnel au niveau des interactions avec les autres s’est fait plus que tardivement. Cependant, des changements drastiques se sont tout de même opérés sur une femme de plus de 40 ans, et ce, en quelques années seulement. Comment l’expliquer alors? Tout simplement par la plasticité du cerveau. Pendant longtemps, la science a cru que le cerveau se développait durant l’enfance et l’adolescence et qu’il se figeait rendu aux tendres débuts de l’âge adulte vers les 21 ans. Après, plus de mobilité possible. Uniquement la dégradation.

Crédit photo: pixabay.com
De nombreuses recherches démontrent actuellement que le cerveau continue de se développer sans cesse à l’âge adulte, dans la mesure où il est suffisamment sollicité par la curiosité intellectuelle et l’apprentissage. Dès que de nouvelles sphères du cerveau sont mises en activité par l’acquisition de nouvelles aptitudes, des connexions neuronales se forment et, peu importe l’âge du sujet, les neurones se réorganisent pour permettre au cerveau la mise en place des branchements nécessaires. Notre cerveau est donc en continuelle construction.

Suggestions de lectures complémentaires

Disparition de l’autisme en vieillissant


Plasticité du cerveau




3.    La succulente question de l’alimentation ou comment marcher sur des œufs frais en tout temps

S’il y a un délicat sujet outre la politique ou la religion qui peut amener moult controverses, c’est bien l’alimentation. En matière d’alimentation, toutes les théories se contredisent et chacun croit détenir la véritable vérité. On y voit de tout. Du centenaire qui affirme avoir mangé bien gras toute sa vie à se boucher plusieurs artères et avoir engouffré une bonne part de gâteau quatre chocolats à ses trois repas quotidien, jusqu’aux véganes stricts qui ne touchent à rien qui est passé à moins de 3 kilomètres d’un être vivant. Entre les deux extrêmes, une infinité de possibilités, de théories validées ou non, des gourous de tout acabit, des best-sellers sur les dernières tendances minceur et santé. 

Crédit photo: pixabay.com
Personnellement, j’ai cessé de manger de la viande en 1992, à une époque où je me dirigeais sûrement, sérieusement et en vitesse de croisière vers le végétarisme. Dans ce temps-là, c’était encore peu à la mode et j’avais donc, sans le préméditer, trouvé une autre manière voyante de me marginaliser encore une fois. Mon conjoint avait accepté de prendre la même tangente que moi, décidant en tandem de bannir steak haché filamenteux et filet mignon de toute coupe, côtelettes de porc et leurs frères de sang. Bien évidemment, nous avons donc été critiqués et semoncés par tout ce qui bouge et qui aime avoir de la chair cuite sous la dent. Souvent, blottis l’un contre l’autre sur les divers sofas des gens qui nous invitaient gentiment à souper, nous avons écouté les mêmes arguments appuyés, toujours répétitifs. Comme le maudit boulier au mouvement perpétuel qui ornait les bureaux de tous les cadres administratifs, il y a quelques décennies. Êtes-vous dans une secte? Vous allez tomber malades, voyons donc, il FAUT manger de la viande pour survivre. Vous allez avoir des carences alimentaires graves. Et patati. Et patata…

Enfin bref, même si nous nous sommes arrêtés à mi-chemin dans notre métamorphose alimentaire, conservant volaille et œufs à l’occasion ainsi que les produits laitiers, nous avons persévéré dans notre retrait des viandes rouges et du porc depuis près de 25 ans. Comme je suis une effrontée, mon bilan sanguin annuel demeure toujours une copie conforme du précédent : aucune carence alimentaire, pas de mauvais cholestérol et un taux plus élevé que la moyenne de bon cholestérol. Celui de mes détracteurs du passé les amène à prendre de la médication pour lutter hardiment… contre le cholestérol ! De mon côté, j’ai toujours respecté le choix de chacun et la conversion des autres à mon mode de vie n’a jamais été du moindre intérêt.

Cette tendance à être borné chacun dans son coin en matière alimentaire apporte parfois son lot d’anecdotes cocasses. Quelques années après mon virage semi-végétarien de 1992, j’étais amenée à assister à des réunions d'équipe chez mon employeur de l’époque et malheureusement pour moi, cette sociabilité forcée me contraignait à manger en groupe en compagnie aussi des directeurs régionaux, souvent des hommes plus âgés et formés à se gaver de  viande et en grande quantité. Nous avions un buffet chaud avec service et un unique choix de repas disponible. Un certain directeur m’avait fait le traditionnel sermon sur tu ne peux pas ne pas manger de la viande, c’est contre nature parce que j’avais demandé à la serveuse uniquement la salade et les légumes vapeur qui accompagnaient un très juteux rôti de bœuf. Je suis restée souriante et polie en répétant à m’en user l' articulation temporo-mandibulaire que c’était un choix personnel et assumé. Lorsque les assiettes ont été prêtes à être desservies, j’ai tout de même souligné à l’homme cité plus haut qu’il n’avait pas touché à ses légumes et à sa salade. Je n’aime pas ça des légumes m’a-t-il dit sans broncher, comme une évidence indiscutable. J’ai donc dû lui répondre, c’était plus fort que moi : pourtant, vous ne pouvez pas ne pas manger de légumes, vous avez besoin des vitamines qu’ils contiennent. Il n’a rien rétorqué…

Crédit photo: pixabay.com
Pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça? Tout simplement pour souligner qu’en matière d’alimentation, il n’existe malheureusement pas de trouvaille miracle qui fait qu’un régime est indiscutablement meilleur qu’un autre. Énormément d’écoles de pensée prônent détenir l’ultime vérité au détriment des autres choix. Il y a beaucoup de subjectivité à ce sujet et au gré de lectures et d’expérimentations, ou parfois en écoutant seulement les désirs langoureux de son palais, chacun choisit ce qui entre dans son estomac et par ricochet dans ses cellules corporelles.

Alimentation et autisme

En commençant ce blogue au mois de janvier, j’avais l’intention de jouer la game du changement drastique d’alimentation, tel que prôné par certains livres populaires auprès d’une petite population de parents. Je devais alors me sevrer de gluten et de caséine, parmi les expérimentations envisagées. Mais je me suis décidée à écouter ce que me dicte plus sagement mon corps et de rechercher ce qui est le mieux pour moi, pour mon équilibre et ma santé. Actuellement, je fais davantage attention à mon alimentation, je mange davantage de légumes, je réduis certaines sources de gluten, mais sans en faire un changement strict pour l’instant. J’y vais en douceur, comme une barque qui se laisse porter par les vagues d’un lac plutôt calme. Je demeure à l’écoute de mon corps, comme toujours.

Je tiens cependant à souligner que lors de mes recherches, aucune étude sérieuse ne m’est apparue faisant un lien vérifié et clairement établi entre l’autisme et la consommation de gluten. De nombreux parents m’ont écrit pour me dire avoir fait un sevrage complet du gluten sur une très longue période de temps sur leur enfant autiste et n’avoir observé aucun changement autre qu’au niveau digestif pour certains. Donc, mis à part l’intérêt de bien se nourrir, avec la même conscience qu’on ne mettrait pas du vin rouge dans le réservoir d’essence de sa précieuse voiture, les changements alimentaires et l’autisme semblent peu concluant à ce jour.

Suggestions de lectures complémentaires, parmi les nombreuses disponibles

Gluten et autisme
http://www.afssa.fr/Documents/NUT-Ra-Autisme.pdf (pour faire court : lire la conclusion des pages 77 à 80)


Enfin, le titre dans le Wall Street Journal en dit long (article accessible sur abonnement seulement) : http://www.wsj.com/articles/gluten-free-diet-has-no-benefit-for-children-with-autism-study-finds-1442244486



Texte issu du blogue "52 semaines pour guérir (ou probablement pas!) de l'autisme




Aucun commentaire:

Publier un commentaire

Remarque : Seuls les membres de ce blogue sont autorisés à publier des commentaires.